Séminaires

Séminaire postdoctoral commun du Labex CAP 3
Fictions et frictions culturelles : art et patrimoine en action

Présentation

En tant qu’ensemble de savoir-faire, de pratiques, de connaissances et de croyances partagés, la culture est une notion éminemment dynamique et fluctuante qui articule auto-désignation et hétéro-désignation. Sans cesse redéfinie, diversement appropriée, elle constitue avant tout un fait de langage, voire une charte mythique et elle est source tant d’identification et d’unité que de divisions, de contestations et de conflits. La valorisation culturelle de biens collectifs ou d’activités créatives repose sur des pratiques et des mises en récit souvent antagoniques et sur des stratégies discursives et pragmatiques qui impliquent de questionner, à différentes échelles, le jeu des acteurs qui en sont partie prenante (individus, groupes sociaux, institutions) et les lieux dans lesquels il se déploie. Les processus de patrimonialisation et les pratiques de création artistique offrent ainsi des cas d’études privilégiés pour analyser la fabrique des identités culturelles et interroger la dimension construite et non-consensuelle de la culture. À partir d’ancrages géographiques diversifiés et d’éclairages disciplinaires variés (histoire, histoire de l’art, sociologie, anthropologie), ce séminaire entend donc aborder ces processus sous leurs angles politique, spatial, mémoriel et biographique, thèmes qui feront l’objet de différents ateliers.

1) L’une des particularités des pratiques artistiques et patrimoniales contemporaines réside dans la dimension mondialisée des circuits qu’elles mobilisent. La circulation transnationale des productions artistiques, la diversification des influences qui fondent les esthétiques contemporaines et la place grandissante des organismes supra-nationaux dans la définition des politiques culturelles en sont des illustrations. Loin des discours consensuels sur le caractère universel de l’art et du patrimoine, ces pratiques apparaissent comme le produit de rapports de pouvoir qui s’exercent à différents niveaux (individus, institutions, centre et périphérie, Nord et Sud). Un premier atelier visera ainsi à interroger le processus historiquement situé de « mondialisation culturelle » qui lie aujourd’hui des personnes, des groupes et des institutions dans des formes de connexions culturelles à l’échelle globale. Il l’abordera en particulier à l’aune des rapports de domination qui le caractérisent.

2) La notion de territoire, que l’on retrouve dans des usages et des acceptions aussi protéiformes que ceux de « paysage culturel », de ruin porn ou de « friche » est au cœur de créations artistiques et patrimoniales diverses. Dans les mondes de l’art visuel et du patrimoine matériel, le traitement du territoire et du paysage, leur définition et leurs usages impliquent des maillages complexes d’acteurs (National Trust, Unesco, collectifs, habitants, artistes) et leur compréhension passe notamment par le développement d’une forme d’« archéologie du temps présent ». L’objectif du deuxième atelier sera d’examiner ces reformulations esthétiques et patrimoniales du territoire et du «paysage », tout en questionnant leurs modes d’investissement en tant que lieux d’art ou de mémoire.

3) Parce que l’instauration du patrimoine implique une sélection au présent d’objets produits dans un passé proche ou lointain à des fins de conservation, les rapports entre mémoire, histoire et institutions de conservation constituent aussi un prisme fécond pour aborder la question des créations patrimoniales. Bibliothèques, centres d’archives écrites ou audiovisuelles et musées rassemblent des matériaux qui sont au cœur d’une écriture académique ou profane de l’histoire. Ces institutions matérialisent, rationalisent et offrent ainsi au public une mémoire engageant des formes d’amnésie sélective. Le troisième atelier envisagera donc la question du choix, des motifs et des critères de sélection des objets

patrimonialisés. Il interrogera notamment leur visibilité et leurs usages dans des sociétés en situation de (post-)conflits, ou marquées par des tensions politiques, sociales ou religieuses durables. Il posera, en outre, la question du lien entre mémoire collective, voire officielle, patrimoine institutionnalisé et mémoire populaire.

4) La démarche biographique, à la fois objet et méthode des sciences sociales, constitue enfin un outil heuristique pertinent pour saisir les tensions liées aux processus de création et de patrimonialisation. Elle permet en effet de mettre en valeur le rôle des individus ou des groupes sociaux marginalisés, qui font aussi l’art et le patrimoine et sont souvent rendus invisibles par l’institution : la politique d’acquisition d’un musée peut par exemple être largement informée par les goûts et les centres d’intérêt de quelques individus, voire d’un seul. Un dernier atelier entend ainsi explorer, à partir de l’approche biographique prise dans la diversité de ses acceptions (carrière, trajectoire, récit de vie, itinéraire, etc.), les processus de création artistique et patrimoniale dans leurs aspects les plus intimes (dimension sensorielle et émotionnelle du moment créateur, rapport avec les agents non humains d’inspiration ou de transmission, moments expérientiels cruciaux, etc.), de même que les mises en récits et les fictions personnelles qui en rendent compte.

Calendrier des ateliers :

27 mars 2014 : Arts, patrimoines et mondialisation culturelle (IISMM)
Séance est fermée au public

22 mai 2014 : Le territoire et ses reformulations esthétiques et patrimoniales (INHA)

5 juin 2014 : Mémoire, histoire et institutions de conservation (INP)

24 septembre 2014 : Les créations artistiques et patrimoniales : ressorts biographiques (IIAC)