Post-docs

Marta AMICO

Un patrimoine au prisme du conflit. Musiques du Nord du Mali entre enjeux nationaux et labels mondialisés

Suite à l’éclatement d’un conflit armé en 2012, le patrimoine musical du Nord du Mali a été pris pour cible d’interdictions violentes et d’attaques destructrices de la part de groupes appelés par la communauté internationale d’« islamistes », « djihadistes » ou « terroristes ». La barbarie de ces actes a réveillé un nouvel engouement pour le patrimoine malien de la part des institutions nationales et internationales. Dans la capitale Bamako, forte d’une relative stabilité, les musiciens du Nord échappés à la guerre se donnent à des concerts pour leurs communautés déplacées. Ils sont souvent pris dans le jeu politique, appelés chanter la « diversité culturelle » et la « réconciliation ethnique » dans un pays miné par des fractures violentes. Sur les scènes de la World Music, par contre, le Nord du Mali est représenté par un « rock du désert » qui se mute en icône généralisée de résistance et d’authenticité. Encore, les menaces « djihadistes » pèsent sur la mission de sauvegarde culturelle de l’UNESCO, ce qui encourage l’activation de nouveaux projets d’archivage et de diffusion d’un « patrimoine immatériel en danger ».

Mon projet post-doctoral vise à analyser ces reconstructions patrimoniales récentes tout en mettant la notion de « diversité culturelle » au miroir des tensions politiques qui secouent le Mali contemporain. Ceci contribue à une réflexion plus large sur les utilisations de la musique comme agent de diplomatie culturelle et de peace-keeping, qui véhicule l’utopie d’une paix généralisée tout en se dressant sur les rapports de force existants entre les ambitions universalistes des institutions internationales, les recompositions identitaires des populations nord-maliennes et les intérêts des Etats.

Laboratoires d’accueil: Centre Georg Simmel / IIAC