Post-docs

Sophie JACOTOT

Le système d’écriture Conté : outil de création et/ou de patrimonialisation en danse ?

Le système de notation du mouvement de Pierre Conté (dit aussi « système Conté » ou « écriture Conté ») est, avec le système Laban (dit aussi « cinétographie Laban » ou «labanotation») et le système Benesh («choréologie»), l’un des trois principaux systèmes d’écriture de la danse utilisés en France à l’heure actuelle. Créé, comme la cinétographie Laban, dans les années 1930, le système Conté s’inspire largement du système d’écriture musical, dans sa forme comme dans sa conception. Une partition en système Conté se lit en effet comme une partition musicale, elle utilise en partie les mêmes signes (portées, notes, signes de reprise…) et le même vocabulaire (pianissimo, fortissimo, crescendo, staccato, legato…) que celle-ci, tout en disposant de spécificités propres à l’écriture du mouvement, notamment dans sa dimension spatiale.

Depuis 2009, j’ai souhaité poursuivre le travail engagé au cours de mon doctorat dans la voie d’une histoire culturelle appliquée à l’objet danse en ouvrant un chantier inédit autour de Pierre Conté et de son système d’écriture du mouvement, n’ayant jusque-là fait l’objet d’aucune recherche historique. À travers la figure de Pierre Conté (1891-1971), formé à la biomécanique à Joinville, professeur d’éducation physique, compositeur, chorégraphe et théoricien du mouvement, c’est tout un pan méconnu de l’histoire de la création et de la transmission en danse, du début des années 1930 à la fin des années 1960, qui se fait jour. À partir d’entretiens (menés auprès de danseurs ou de musiciens ayant travaillé avec Pierre Conté entre les années 1940 et sa mort en 1971), de sources d’archives publiques et privées (notamment la collection de Michelle Nadal2), de documents audiovisuels (certains films de Jean Painlevé, dont Conté était l’ami), iconographiques ou imprimés (presse, écrits de Conté3…), j’ai commencé à retracer le parcours de cet homme, son réseau de relations (paradoxalement plus connecté au monde du théâtre qu’à celui de la danse), ses références intellectuelles, ses aspirations morales et ses ambitions esthétiques. Ce volet biographique, encore inachevé, est fondamental pour comprendre le contexte qui a vu naître et évoluer non seulement l’œuvre chorégraphique de Conté – environ 130 chorégraphies, toutes consignées sur partition –, mais aussi le système d’écriture du mouvement dont il est l’auteur.

Laboratoires d’accueil: BNF / CRAL