Post-docs

Tommaso MONTAGNANI

Images et langage dans la musique instrumentale rituelle Kuikuro (Brésil) : un modèle amazonien de la mémoire musicale

Mon projet de recherche a pour but l’analyse et la description de la phase d’apprentissage des musiques rituelles des Kuikuro du Haut-Xingu. Plus précisément, je souhaite étudier les mécanismes de la mémoire musicale maîtrisés par les spécialistes des rituels kuikuro. Les musiques qui feront l’objet de mon analyse seront celles des flûtes masculines Kagutu ; il s’agit du nom que les Kuikuro donnent au trio de flûtes en bois très répandu parmi les populations xinguaniennes ; dans la même région, Piedade (2004) a consacré son travail à la version Wauja de ce complexe, les flûtes Kawokà. La musique de flûtes est organisée en suites, chaque suite comptant un nombre variable de pièces allant d’un minimum de 10 à un maximum de 81 dans le cas kuikuro.

Une pratique très répandue parmi les musiciens kuikuro de flûte kagutu est l’utilisation d’images et d’éléments linguistiques dans la mémorisation de répertoires qui sont souvent très vastes et complexes. Mon travail s’appuie sur l’analyse de données provenant de deux voyages de terrain pendant lesquels je me suis soumis moi-même à l’apprentissage de la musique de kagutu, mon but étant le développement d’une théorie d’interprétation des images mentales décrites par les musiciens comme grilles mnémoniques qui aident et guident le flûtiste.

De plus, je souhaite montrer la façon dont les images et les éléments linguistiques (syllabes, noms propres, textes) sont utilisés de façon combinée dans le même acte de remémoration : dans la mémoire musicale kuikuro, des syllabes ou des noms assument une valeur iconique et se superposent aux images qui leur servent de grille mnémonique. Des syllabes dépourvues de sens sont utilisées dans l’apprentissage de la musique de flûtes de façon très codifiée, en formant des séquences métalinguistiques dans lesquelles on peut identifier des indications musicales concernant le mouvement de la mélodie.

L’image mentale employée est conçue comme un support sur lequel on projette et dispose des informations sonores dans le but de créer le sens musical et de mettre en œuvre la fonction rituelle de la pièce. Les sons sont conçus par les musiciens kuikuro spécialistes desrituels comme des éléments à placer tout au long d’un parcours qui permet à la fois de mémoriser les pièces musicales et leur séquence. Ce parcours mental imagé est donc un guide pour les activités de remémoration et de disposition dans l’espace sonore du corpus de mélodies et de chants appris. Les composants du « texte » oral (la musique dans le cas Kuikuro) sont placés dans l’espace sonore suivant les contours de l’image qui possède des traits fixes et une souplesse permettant une adaptation selon le degré de complexité de la pièce.

Laboratoires d’accueil: INHA / Musée du Quai Branly