Post-docs

Sébastien GALLIOT

Actes techniques, action rituelle, et relation artistique : le tatouage samoan comme pratique transnationale

Le tatouage samoan masculin (pe’a) ou féminin (malu) est une œuvre visuelle standardisée généralement obtenue au cours d’un rituel contrôlé par un tufuga tā tatau (expert tatoueur). Si la forme générale du tatouage a peu changé depuis les premières descriptions publiées il y a près de deux cent cinquante ans, cette relative stabilité formelle s’accompagne néanmoins de transformations d’ordre rituelles et techniques ainsi que d’une plus grande personnalisation des œuvres tatouées.

Le tatouage samoan contemporain s’inscrit dans une diversité de contextes, de composantes de l’action rituelle, de processus d’apprentissage et dorénavant également dans une évolution rapide des assemblages ornementaux. Cet état de fait renvoie à un nouveau type de relations engendrées par l’émergence d’un réseau d’interconnaissance, d’une communauté de pratiques (Wenger 1998) qui ne relève plus strictement d’une organisation hiérarchisée des rapports sociaux dans un contexte de chefferie sacrée polynésienne. Aujourd’hui, les aspects techniques, esthétiques et économiques de l’activité du tufuga ttatau (expert technico-rituel) se situent dans un rapport d’interdépendance entre les communautés locales (urbaines et rurales), la diaspora, la « clientèle » occidentale et certains tatoueurs professionnels étrangers. Ceci pose la question de la transmission des patrimoines techniques, oraux et iconographiques au sein d’espaces transnationaux caractérisés par des niveaux variables de formalisation et d’institutionnalisation des pratiques (Faist 2004). Le tatouage samoan permet donc une réflexion simultanée sur la transmission rituelle, le rôle des conduites sensori-motrices dans la construction du sujet, la circulation des savoir-faire et des répertoires iconographiques, ou encore sur la question du statut du tatoueur et de son œuvre (Expert rituel réalisant une œuvre collective ? Artiste réalisant un œuvre individuelle ?).

Laboratoires d’accueil: IIAC / Musée du Quai Branly