Micro-projets

Transmission des modèles, mobilité des artistes et artisans,
rôle des commanditaires : l’apport des sources archéologiques et architecturales

Résumé

Les questions, centrales en histoire de l’art et en archéologie, de la transmission des modèles et de la mobilité des artisans, artistes et ateliers, sont nécessairement abordées par le biais de la documentation archéologique, examinée selon des procédures qui ont été profondément renouvelées dans les dernières décennies, grâce au développement de nouvelles techniques d’investigation. L’affinement et la multiplication des méthodes d’analyses physico-chimiques, souvent non destructives, permet de déterminer toujours plus précisément l’origine des matériaux employés et d’identifier des recettes d’ateliers.

La formalisation de l’étude des chaînes opératoires de fabrication et de décoration des oeuvres, qui s’est développée dans beaucoup de domaines de l’archéologie, permet maintenant de mettre en évidence de grandes traditions techniques. Cette approche s’accompagne d’une réflexion sur les critères pertinents dans la description des oeuvres, susceptibles de permettre une identification objective des styles, des écoles artisanales, des équipes travaillant ensemble, des mains d’artistes, de distinguer les créations originales des répliques, copies, contrefaçons anciennes, imitations, adaptations, recréations originales.

Dans le domaine de la sculpture et de l’architecture en particulier l’attention apportée aux conditions d’exposition des oeuvres amène à souligner l’importance de la clientèle qui informe la commande. L’artiste élabore une oeuvre qui répond à un modèle en fonction des demandes du commanditaire. Cette enquête ouvre ainsi sur une dimension sociale de l’oeuvre, qui met en forme un projet particulier.

Un volet de l’enquête repose sur l’étude du contexte d’exposition et implique le recours aux techniques de reconstitution 3 D pour éprouver la validité des reconstitutions et pour affiner l’analyse du point de vue du spectateur (Ecole des mines).

Ce volet sociologique de l’enquête met aussi en lumière le rôle des medias et les mutations impliquées par le développement de nouvelles techniques. Pour l’architecture de la Renaissance l’étude des cahiers de modèles imprimés ouvre ainsi de nouvelles perspectives. Pour la diffusion des modèles antiques dans la sculpture, l’histoire des moulages constitue aussi un volet où l’équipe dispose de compétences particulières dans l’histoire de la réception.

Un exemple particulier est fourni par Genève, qui possède de très riches collections de moulages souvent oubliées qui, réunies, comptent parmi les plus importantes d’Europe. Ce projet implique la collaboration avec un partenaire extérieur au labex, l’Université de Genève (Unité d’archéologie classique). Près de deux mille moulages, et autant de moules, reproduisant des oeuvres datant de l’Antiquité à nos jours, se cachent ainsi dans diverses réserves plus ou moins accessibles au public et aux chercheurs. Pourtant, ce patrimoine mériterait d’être étudié et mis en valeur. Les plus anciens moulages datent en effet de la deuxième moitié du 18e siècle et s’inscrivent, comme ailleurs, dans le cadre de l’ouverture d’écoles de dessins. Celles-ci sont non seulement censées former les artistes, mais à Genève en particulier, elle forme le regard et la technique des artisans de l’industrie horlogère locale. Horlogers, orfèvres, graveurs, ou peintres sur email remplissent les classes de dessin pour lesquelles tant de moulages seront acquis. Ils y aiguisent leur talent afin d’améliorer la qualité de leurs produits et d’être plus compétitifs sur un marché alors déjà de plus en plus exigeant. Reflets du perfectionnisme des artisans de l’industrie horlogère genevoise, les moulages méritent ainsi d’être replacés, comme cas d’école, dans le contexte de création industrielle de l’Europe de la fin du 18e et du 19e siècles.

Un autre thème de recherche est fourni par l’étude de la photographie, qui implique en particulier un autre partenaire du labex, l’INHA (Départements de la Bibliothèque et de la Recherche) sur l’étude de la photographie pour l’archéologie. Dès le printemps 2013 un projet d’exposition à l’INHA qui entre dans l’axe « Patrimoine » du labex CAP fédère les compétences de plusieurs partenaires du labex, aussi bien de l’Université que des institutions patrimoniales (Musées et Bibliothèques). L’intérêt est aussi de mettre en scène la connaissance scientifique sur un objet à la fois lointain dans le temps (l’Antiquité et la période byzantine) et dans l’espace (Istanbul et l’empire ottoman) que plus proche (la photographie archéologique au début du XXe siècle) et contemporain (l’accès à un site internet qui met à la disposition de tous la documentation conservée dans les institutions patrimoniales du labex en particulier). Un recours à une muséographie innovante est indispensable dans ce cadre et permettra d’abonder le budget actuel.

Cette confrontation fructueuse nécessite la constitution d’équipes pluridisciplinaires susceptibles à la fois de travailler ensemble sur la longue durée, pour que se constituent des habitudes de travail en commun entre archéologues, historiens de l’art, physiciens spécialistes du patrimoine archéologique et culturel; mais aussi suffisamment souples pour permettre une adaptation aux différents dossiers traités. La rencontre de ces spécialités dans un cycle de séminaires thématiques pour doctorants, post-doctorants et chercheurs sera particulièrement profitable.

 

Objectifs (en accord avec le projet scientifique du Labex) : étude de la création artisanale à partir des sources, étude de l’enseignement, lien création-patrimoine, mise en valeur de l’apport culturel de l’archéologie (moulages, photographies).

Partenaires extérieurs au Labex CAP :Ecole des mines, Université de Genève.

Membres de l’équipe : Stéphane Verger (Sociétés protohistoriques et cultures méditerranéennes au premier millénaire av. J.-C.), Dominique Briquel (Philologie italique et latine), Sabine Frommel (Histoire de l’art de la Renaissance), Frédéric Barbier (Histoire et civilisation du livre), Jacques Le Rider (L’Europe et le monde germanique), Pierre Gonneau (Histoire et conscience historique des pays russes), Isabelle Saint-Martin (Arts et représentations chrétiennes), Lorenz Baumer (Archéologie classique), Hélène Bocard (Histoire de la photographie), Patrick Callet (3D), Jérôme Delatour (Histoire de la photographie), Martine Poulain (Histoire du livre).