Micro-projets

PhénOrama

PhénOrama de l’Ensci/Les ateliers est un espace critique qui interroge les formes produites par la société industrielle en prenant appui sur l’art, la création et les sciences humaines. Il a pour objectif de questionner  les rapports complexes et fructueux que la création entretient avec l’industrie.

Pour sa première année d’existence phénOrama a choisi d’accueillir et de travailler sur deux axes :

  1. Les formes de l’événement dans l’art contemporain à l’ère des industries créatives
  2. Uchronie des objets techniques, pour une approche artistique de l’archéologie

L’axe 1 sera porté par le binôme Raphaëlle Jeune, doctorante en esthétique de l’art à l’université de Rennes 2 sous la direction de Pierre Henry Frangne et Audrey Cottin, artiste.

L’art vit aujourd’hui une mutation importante qui le conduit à redéfinir sa spécificité en regard des autres formes de production humaine. Il doit en effet trouver sa place par rapport à la nouvelle nomenclature des industries créatives, dont il fait désormais officiellement partie, alors même que la créativité humaine est considérée comme l’ultime ressource pour générer de la richesse. On lui reconnaît une effectivité possible pour l’enrichissement des rapports sociaux et des mécanismes de compétitivité ; et on tente de l’arraisonner pour en faire un instrument de recherche, de gouvernance et d’innovation, ou encore un remède susceptible d’apaiser les foyers de tension sociale.

Dans cette situation, la distribution des régimes d’existence de l’art par rapport au monde, l’autonomie d’un côté, où l’art se donne ses propres lois et possède son espace (cube blanc), et l’hétéronomie de l’autre, où il subit la loi du réel dans lequel il apparaît (art dans la vie, « art de situation », art « contextuel »), est réinterrogée par certains penseurs de l’esthétique. Selon le français Jacques Rancière, l’autonomie radicale de l’art ne réside pas dans son autoréférentialité mais dans son hétéronomie, c’est-à-dire dans le fait qu’il est toujours autre et que l’ « on ne sait pas quoi faire avec lui ». Le jeune philosophe bulgare Boyan Manchev considère, en inversant les termes, que « l’autonomie de l’art est paradoxalement son hétéronomie radicale, c’est-à-dire son anomie ». L’anomie est l’état de ce qui n’est pas (encore) nommé, ici, l’état de l’art qui fait advenir des territoires de sens et de formes jusque là impensables, en mettant en crise son site d’origine. On pourra avec Manchev émettre l’hypothèse selon laquelle l’anomie est la qualité de l’événement, de ce qui advient, imprévisible, indécidable, jamais fixé dans un paradigme. Si elle est propre au statut ontologique de l’art contemporain, cette qualité semble habiter plus particulièrement certaines œuvres, démarches artistiques ou propositions curatoriales de la période actuelle, qui font appel à des notions telles que : le présent, le devenir, la sensorialité du corps, la réceptivité de l’esprit, l’hypnose, le kairos, la sérendipité, l’ouvert, le cheminement, le hasard, l’inattendu, la rencontre et bien sûr, l’évènement lui-même.

L’axe 2 sera porté  par un doctorant en archéologie sous la direction de Anne-Françoise Garçon du Centre Malher et Ann Guillaume, artiste.

A partir des travaux de l’historien de l’art Aby Warburg et le montage comme méthode d’élaboration d’une oeuvre, d’une pensée, il s’agira de s’interroger sur les possibilités
de développer une pratique artistique qui s’inspire de l’archéologie, ses outils, ses moyens
de représentations, sa philosophie. Chercher le « déjà vu » en jouant avec les objets de l’histoire. La question de la reconstitution comme méthode d’étude mais aussi comme oeuvre d’art se pose alors. La question de recycler, de s’approprier, de reconstituer. Les grands bouleversements esthétiques naissent d’une remise en circulation des formes. La reconstitution est généralement utilisée à des fins d’études scientifiques, historiques, anthropologiques. Dans l’art contemporain, cette pratique a pour conséquence de permettre
la résurrection d’une pratique, d’un objet, d’invoquer un temps passé tout en questionnant
son impact sur le temps présent. Ces notions de ré-appropriations, de re-enactment ou encore de répliques répondent du néologisme d’uchronie. L’uchronie désigne un non-temps, une remise en perspective du temps et peut alors inscrire l’histoire dans une symbolique artistique. Utiliser les formes, objets ou gestes du passé comme outils permettent de s’interroger sur l’idée même de transmission, d’héritage.

Objectifs :

La plateforme phénOrama est née dans la dynamique des dialogues et échanges proposés et favorisés par le Labex/Création, arts et patrimoines. Il s’adresse en priorité aux chercheurs des laboratoires liés au Labex/Cap qui souhaitent enrichir leur recherche théorique et leur travail de terrain d’une approche pluridisciplinaire et appliquée dans le cadre originale d’une école d’art dédié à la création industrielle : l’Ensci/Les ateliers.
PhénOrama propose de constituer des équipes, des binômes composés d’un chercheur et d’un artiste qui travaillent sur le même sujet. Cette confrontation/échange doit leur permettre de produire ensemble de la connaissance afin de nourrir la thèse du doctorant et la démarche de l’artiste. Ce travail théorique est enrichi par un travail pratique développé dans le cadre d’un studio de création animé par un artiste-enseignant qui propose aux étudiants en design de produire de la forme à partir des hypothèses émises par le binôme.
Ce travail fera l’objet de publications, diffusions et expositions qui alimenteront le Labex/Cap.

L’objectif du phénOrama est de :

- générer des nouvelles zones de connaissances propices à l’émergence de formes, d’usages, d’objets, de scénarios, de situations, d’attitudes, d’applications, de comportements, de conceptions.
- explorer, cartographier, modéliser ces nouveaux champs de connaissances.
- expérimenter de nouvelles matérialités,
- informer sur la recherche à travers la publication, des conférences et des expositions des travaux.

Manifestations et productions envisagées :

Les manifestations (séminaires, conférences) seront organisées avec la collaboration des partenaires du Labex/Cap. Elles seront conçues par les binômes doctorant/artiste en collaboration avec le responsable du phénOrama et les services communication et expositions de l’Ensci/Les ateliers. Notamment dans le cadre du programme des expositions et de manifestations FOKUS. La production sera organisée dans le cadre de l’Ensci/Les ateliers.

La conception et réalisation des éditions seront sous traitée à un studio graphique. L’exposition sera produite avec les étudiants dans le cadre du studio de création et présentée dans la galerie de l’Ensci/Les ateliers. Elle sera pensée pour pouvoir circuler dans les différentes structures partenaires du Labex/Cap.