Micro-projets

Création mémoire de l’entreprise :
exploitation du fonds photographique de la Centrale thermique
de Gennevilliers (UDE – Union de l’Électricité)

Résumé

Depuis le déclin du monde industriel, la recherche en sciences humaines s’intéresse de manière accrue à l’entreprise qui est au cœur des mutations de la société et au patrimoine qui en témoigne, en étudiant ses caractéristiques tant structurelles qu’organisationnelles (architecture, archives et structuration sociale de l’entreprise). De leur côté, les entreprises ont pris conscience de l’intérêt de la conservation et de la valorisation de leurs archives. Cependant, si leurs services d’archives accomplissent souvent une étude considérable de recollement et d’inventaire, par manque de temps ou de financement ces fonds restent majoritairement ignorés. Un réel travail de mise en lumière des fonds est alors à envisager.

Classer, répertorier, analyser mais aussi inventer, découvrir et innover par un regard singulier sur le monde, sont autant d’actions et de pratiques qui se renouvellent constamment. Le travail à l’usine, les luttes sociales et l’émergence puis la disparition annoncée de la classe ouvrière, ne sont plus seulement des réalités séparées du monde artistique, ils deviennent à travers ces recherches des sujets pouvant enrichir les champs de la création et de l’esthétique.

Notre objectif est ainsi d’élaborer un processus d’exploitation et de valorisation d’archives industrielles mêlant créations artistiques et recherches historiques à partir d’un cas particulier : un fonds inédit d’archives photographiques de la Centrale thermique de Gennevilliers.

Ce fonds, découvert fortuitement par Yann Toma et Olivier Namias en 2004 dans un sous- sol de l’usine désaffectée en voie de démantèlement, comprend 2437 négatifs verre au gélatino- bromure d’argent (779 plaques au format 13×18 cm et 1658 en 24×30 cm) réalisés entre 1919 (début de la construction de la Centrale) et 1933. Un premier travail d’archivage effectué en 2011, grâce à un partenariat avec le service des archives d’EDF, sert de base propédeutique à ce projet. Il a permis d’établir ces chiffres précis et une première typologie des éléments représentés : vues de la construction et du fonctionnement de la Centrale ; documentation technique et scientifique (plans, schémas et pages de magazines) ; intérieurs de chaudières et autres machines ; pièces de machinerie usées et défectueuses.

La Centrale thermique de Gennevilliers (1919-1991) est une centrale à flamme alimentée au charbon. Son fonctionnement et son envergure qui fera d’elle la plus importante du monde pendant plus de deux décennies lui donnent un intérêt tout particulier, sinon remarquable, dans l’histoire industrielle. Aujourd’hui détruite, les archives constituent les seuls témoignages de cette source d’un réseau d’énergie (électricité) qui s’étendait jusque dans les quartiers ouest de Paris. Elle innerva tout un espace social (habitants) et productif (entreprises) à la fois extrêmement local — et devint le moteur d’un complexe industriel développé durant les années 1895-1919 sur le quai du Petit- Gennevilliers le long de la Seine, à l’embouchure du Pont d’Argenteuil, à la frontière avec Colombes — et beaucoup plus étendu puisqu’elle permit de catalyser la vie et l’activité industrielle de tout l’ouest parisien.

Enjeux scientifiques du projet : A partir de ce travail d’archivage et d’exhumation de photographies d’industries, il s’agira d’instaurer un processus d’exploitation des archives — tant publiques que privées, matérielles qu’immatérielles — en relation avec la mémoire de l’entreprise et son implantation dans un milieu socio-économique. La micro-histoire sera valorisée à différents degrés d’une histoire plus globale, suivant trois axes principaux : 1/ Renouveler, par la création et l’histoire, la place de l’archive dans l’art contemporain ; 2/ Générer de nouvelles valeurs sociales et développer les liens inter-générationnels ; 3/ Favoriser l’émergence d’un modèle économique créatif pour l’artiste et pour le chercheur par une réflexion sur les modes de diffusion des connaissances générées par ce travail de la mémoire de l’entreprise.

Chefs de projet : Anne Dietrich (Doct. Art & Flux, et Monitrice, Paris 1/UMR ACTE), Anaël Marion (Doct. ATER, CERILAC, Paris 7, membre associé UMR ACTE).

Membres de l’équipe : Michel Poivert (Pr., HiCSA, Paris 1), Caroline Ibos (MC. HDR, Art & Flux, Paris 1/UMR ACTE), Emmanuel Pernoud (Pr., HiCSA, Paris 1), Alain Beltran (Dir. de recherche, CNRS/Paris 1 UMR IRICE), Xavier Greffe (Pr., Paris 1/UMR CES), Olivier Namias (Architecte, Président d’Ajibat), Philippe Mairesse (Doct, Art & Flux, Paris 1/UMR ACTE), Tiphaine Cattiau (Doct. Paris 1/Dresde, dir. de Urban Memory/Critical Obs.).

Partenaires extérieurs au Labex CAP : Fondation EDF, Mairie de Gennevilliers (Fonds d’archives), New York University (Paris, New York, Berlin), BNF, Le Louvre, DMF, Fondation Royaumont (Francis Maréchal), FIAF New York, National Graduate Research Institute for Public Studies (Pr, Emiko Kakiushi), Seiku Kyoto – University des Beaux Arts de Kyoto (Pr. Mariko Kizumi), Musée des Beaux Arts de Sao Paulo (José Texeira), École Royale des Beaux Arts de Bruxelles (Marc Partouche), Galerie Jousse Entreprise (Paris), Ecole des Beaux Arts de Besançon (ERBA – Laurent Deveze), Collège international de philosophie, France Culture, France Inter, Institut du Tout-monde (Sylvie Glissant).