Immersion

Claire MALRIEUX

Artiste accueillie au Musée des Arts décoratifs, 2013-2014

Projet

« Il n’y a aucun autre moyen de composer le monde commun, nous le savons bien, qu’en le recomposant, qu’en reprenant depuis le début le mouvement de composition ». Bruno Latour.

Nouvelle objet vague.. pourrait être le titre de la recherche que je souhaite entamer lors de la résidence au sein du cabinet de dessin du musée des arts décoratifs. Ce titre évocateur est une formule qui contient en elle la diversité de lectures que nous pouvons en avoir. Elle fait référence à ce qui m’occupe et à la manière dont j’envisage une résidence en immersion
dans les collections du cabinet de dessin du musée des arts décoratifs.
En effet, depuis plusieurs années, j’ai installé dans mon travail une relation multiple avec le dessin ; il est à la fois un objet de recherche, un objet vague dont les contours sont incertains et sans cesse re-définissables ; Il est porteur de récits ; il contient l’expression formelle d’une narration de l’Histoire ; Mais aussi comme une vague, il revient sans cesse , génère et perpétue le mouvement d’une forme ; il se forme, se déforme, s’efface ..
Dans mes derniers travaux, j’utilise le dessin comme un outil qui me permet d’exposer le temps et de faire une représentation de l’actuel. C’est dans la continuité de ce travail que je souhaite poursuivre mes recherches en travaillant en immersion dans le département du cabinet de dessins du musée des Arts Décoratifs de Paris.
Le département des arts graphiques du musée des arts décoratifs conserve plus de 130 000 dessins qui illustrent l’évolution de notre société à travers son rapport aux objets et à l’architecture. De la composition des jardins à l’emploi du motif dans les créations de tissus, mobiliers et papiers-peints, je crois que ces dessins sont les témoins de l’évolution et de l’emploi des signes de leurs époques. En même temps qu’une représentation de l’évolution d’une esthétique formelle, les carnets et les croquis témoignent de l’évolution de la pratique elle même, qui renseigne aussi sur le temps et les techniques d’une époque.
Lors de la résidence, je veux utiliser l’archive comme matière première pour dessiner et exposer le temps. Je la considère comme une matière vive, une matière qui contient en elle même la définition de virtuel, c’est à dire qui contient en puissance.
Je veux comprendre ce que cette matière contient en puissance, ce qu’elle détient, et exploiter ce qu’elle enferme comme potentiel narratif, de récit et de fiction. Il s’agira pour moi de la placer au coeur d’une recherche et de lui donner une position centrale, un rôle de témoin, de passeur et de relais.
Je voudrai travailler particulièrement sur les dessins d’architecture et d’ornements. Par la survivance, la reprise et la réactivation de motifs que je pourrai trouver dans les dessins, j’aimerai explorer de nouvelles formes de représentation de mon temps.
Etudier les dessins d’ornements, les observer en passant par le commentaire, mais aussi la copie, le collage, la déformation et la re-formation, seront pour moi des méthodes de recherches qui me permettront de produire une oeuvre graphique que je souhaite faire dialoguer directement avec l’Histoire.