Événements

Pour une histoire de l’art projetée

Capture
Roberto Longhi et Umberto Barbaro, Carpaccio, 
1947, 35mm, nb., son, 15min. (détail) 
© Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi (Florence), 
Courtesy Musée du Louvre

Conférences et projections du 3 au 5 novembre 2017

Au Centre Pompidou (Cinéma 2), 75004 Paris

 

Entrée libre dans la limite des places disponibles

(à l’exception des séances du 3 et 4 novembre à 20h : 6€ / TR 4€ / Gratuit pour les adhérents)

POURUNEHISTOIREDELARTPROJETEE_Programme

Le cycle « Pour une histoire de l’art projetée » est une tentative pour repenser le film comme vecteur d’une réflexion sur l’œuvre d’art et les opérations de son exposition. A partir de la tension entre transparence iconique et opacification de la matérialité du film, ces rendez-vous proposent de revenir sur la question des supports et des dispositifs de présentation. Associant historiens et théoriciens de l’art, commissaires d’expositions, conservateurs et artistes, privilégiant une expérience partagée du regard, ce programme aborde la remédiation filmique comme forme d’interprétation et de « lisibilité » critique de l’espace muséal et de l’œuvre d’art.

 

 

1ère journée:

VENDREDI 3 NOVEMBRE

 

15hLE DÉCOR, L’EXPOSITION : AVANT-GARDE ET CINÉMA

Historien du cinéma et professeur d’Histoire et esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne, François Albera revient sur la manière dont le film a pu apparaitre, dans le contexte culturel des années 1920 et au-delà, comme un lieu d’exposition – y compris hors du cadre du film d’artiste. De l’importance de faire intervenir les artistes dans le cadre de ce qu’on le qualifie alors la «décoration » des films, aux réflexions du théoricien du cinéma italien Ricciotto Canudo sur la notion du « décor », cette conférence revient sur les cheminements qui conduiront nombres d’artistes à s’approprier le film pour disséminer leurs œuvres.

 

Intervention de François Albera (Université de Lausanne)

 

Marcel L’Herbier, L’Inhumaine, 1923, 35mm, nb., sil., 132min. (extrait)

Hans Richter, Dreams That Money Can Buy, 1948, 16mm, coul., son, 80.16min. (extrait)

 

 

17h - BRANCUSI/SHARITS : FILMER LA SCULPTURE

En 1977, lors d’une visite de l’ensemble sculpturale de Târgu Jiu en Roumanie, Paul Sharits tourne un documentaire sur Constantin Brancusi. Véritable hapax dans la production filmique de l’artiste américain, le film témoigne d’un intérêt marqué pour l’œuvre de Brancusi qui va bien au-delà du simple régime d’influence. Ce programme tâche de reconstruire l’origine et les ramifications de cette relecture singulière d’une œuvre par un artiste, en passant notamment par quelques films sur l’art des années 1970.

 

Séance présentée par Enrico Camporesi (Labex CAP)

 

Paul Sharits, Brancusi’s sculpture garden at Tirgu-Jiu, 1984, 16mm, coul., son, 21min.

Sean Hudson, The Rumanian Brancusi, 1976, 16mm, coul., son, 26min.

Hans Namuth et Paul Falkenberg, Brancusi Retrospective at the Guggenheim, 1970, 16mm, coul., son, 27min.

 

20h – ROBERTO LONGHI: L’ŒUVRE ET SON COMMENTAIRE

Dans l’après-guerre l’historien de l’art Roberto Longhi et le théoricien du cinéma Umberto Barbaro réalisent ensemble deux films courts sur la peinture de Carpaccio et de Caravage. Leur objectif, selon les mots de Longhi, était de « faire bouger la caméra sur l’œuvre d’art selon le probable mouvement critique de l’œil de l’observateur », en y juxtaposant un commentaire simple mais capable de solliciter l’attention du spectateur. En allant à l’encontre d’une tendance du film sur l’art qui voyait dans le récit son enjeu principal, Longhi et Barbaro visent à travailler la description et l’interprétation formelle, en développant des hypothèses théoriques inédites, dans une confrontation toujours relancée entre la parole et les reproductions des œuvres.

 

Interventions de Giovanni Careri (IUAV/EHESS) et Francesco Galluzzi (Accademia delle belle arti di Carrara)

 

Roberto Longhi et Umberto Barbaro, Carpaccio, 1947, 35mm, nb., son, 15min. (vostf)

Roberto Longhi et Umberto Barbaro, Caravaggio, 1948, 35mm (transféré sur fichier num.), nb., sil., 16min. (vostf)

 

Lou Castel lira le commentaire de Caravaggio pendant la projection.

 

 

2ème journée :

SAMEDI 4 NOVEMBRE

14h – OLEG TCHERNY/ROBERT BEAVERS : LES PIERRES DE VENISE

« Il est rafraichissant de rencontrer un tableau dont on prend soin, et placé en pleine lumière – une lumière favorable – de façon à ce que toutes les parties en soient bien vues » écrivait le poète et critique d’art britannique John Ruskin dans son ouvrage Les Pierres de Venise (1853) à propos de la crucifixion de Tintoret conservée à San Cassiano. C’est précisément ce que fait Oleg Tcherny dans Flashback Legion, faisant converger l’expérience du film sur l’art et celle du film d’artiste, ou encore l’œuvre d’art et son commentaire. Adaptant à l’analyse du tableau, sa technique d’altération des images par un procédé de montage vertical qui lui permet de sonder l’épaisseur du temps aux limites de l’abstraction, aussi bien  visuelle que sonore ou conceptuelle. Tourné en 16mm et présenté ici dans un gonflage en 35mm le film de Beavers se déroule comme une exploration de Venise guidée par le texte mélancolique de John Ruskin, Les pierres de Venise. Au fil des images, Venise se révèle comme une cité constituée d’une multitude de sédiments, jusque dans les plus infimes détails de son architecture auxquels font écho les entrelacs de sons isolés qui parcourent le film – le clapotement de l’eau, un bruit de pas, le son d’un instrument à cordes… La présence récurrente de la main du cinéaste – un motif récurrent dans l’œuvre du cinéaste – fait allusion à la dimension artisanale, quasi- sculpturale que Beavers cherche à donner à son cinéma.

 

Conversation entre Oleg Tcherny et Angela Mengoni (IUAV)

 

Oleg Tcherny, Flashback Legion, 2016, video HD, coul., son, 20min.

Robert Beavers, Ruskin, 1974-1997, 35mm, coul., son, 45min.

 

 

17h – MICHAEL SNOW : A CASING SHELVED

Dans un entretien avec le critique américain Scott MacDonald, Michael Snow explique que son intérêt pour les phénomènes de transfert (ou de traduction) d’un médium à un autre, est à l’origine de plusieurs œuvres qui lui ont permis d’approfondir ses réflexions sur les potentialités plastiques et conceptuelles inhérentes au film. Pensé à la fois comme un lieu de reconfiguration et d’analyse de son œuvre, A Casing Shelved se compose d’une image fixe, une diapositive projetée à l’écran, et d’un commentaire audio enregistré par l’artiste. Orientant de sa voix le regard du spectateur à travers une collection d’objets déposés sur une étagère de son atelier, Michael Snow construit l’hypothèse d’un espace d’exposition renouvelé par les moyens de la reproductibilité, une Chinese box – pour reprendre la métaphore de l’artiste – renfermant à son intérieur une combinaison infinie de significations stratifiées.

 

Séance présentée par Jonathan Pouthier (Centre Pompidou)

 

Michael Snow, A Casing Shelved, 1970, diapositive et piste sonore, coul., son, 45min.

 

 

20h – PAUL SIETSEMA : EMPIRE

Empire est un film 16 mm de 24 minutes tourné en 2002, dont le point de départ – sinon le commencement – est une exploration du salon de l’appartement new-yorkais de Clement Greenberg, reconstruit d’après une photographie reproduite dans un numéro de Vogue de 1964. Le film est divisé en six séquences dans lesquelles apparaissent des maquettes, toutes construites par Sietsema, qui n’ont pas d’existence en dehors du film. Celui-ci n’obéit pas à une construction linéaire et progressive, mais à une organisation tabulaire : porté par une critique de la spécificité, Empire apparaît simultanément comme une galerie de sculptures et comme un livre (un texte d’histoire de l’art conçu comme une critique postmoderne de l’essentialisme greenbergien) auquel la photographie publiée dans Vogue servirait de couverture. En brouillant la définition du medium, Sietsema transforme  les images en images d’autres images et dissocie la temporalité de l’expérience des choses elles-mêmes.

 

Conversation (en anglais) entre Paul Sietsema et Eva Fabbris (commissaire d’exposition)

 

Paul Sietsema, Empire, 2002, 16mm, coul./nb., sil., 24min.

 

3ème journée :

DIMANCHE 5 NOVEMBRE

15h – AU-DELÀ DE CETTE LIMITE :MÉTHODES DU TRANSFERT DANS LE CINÉMA DE MARCEL BROODTHAERS

Lorsqu’on s’intéresse aux films du Marcel Broodthaers, il est pertinent de parler des questions de transferts. L’évidence nous amènerait à considérer le transfert comme le passage d’un medium à l’autre (peinture, film, écriture). Mais il ne s’agit pas seulement d’une opération conduite au niveau du dispositif ou du médium. Le transfert chez Broodthaers est une notion pertinente aussi à un niveau juridique, institutionnel, politique. Analyse d’une peinture relève alors de l’allégorie et non d’un procède formaliste. Pour Broodthaers le film est une véritable méthode.

 

Séance présentée par Eric de Bruyn (Université de Leiden)

 

Marcel Broodthaers, Analyse d’une peinture, 1973, 16mm, coul., sil., 6min.

Marcel Broodthaers, Deux Films, 1973, 16mm, coul., sil., 12min.

Marcel Broodthaers, Voyage en mer du nord, 1973-1974, 16mm, coul., sil., 4.15min.

 

 

18h – PSYCHOLOGIE ET ART : DOUBLE FEATURE

Un documentaire sur l’art (portrait de Picasso au travail par Luciano Emmer), et un film d’horreur, l’un des plus singuliers jamais réalisés, se retrouvent juxtaposés dans leur sortie en salle aux Etats-Unis au mois de décembre 1955. Le titre de la séance ? « A unique program of Psychology and Art ». Le rapprochement du Picasso de Emmer et de Dementia de John Parker ne tient pas, peut-être, seulement aux hasards de la distribution… La séance, reconstruction du programme de 1955, vise à faire apparaître les liens cachés qui relient les deux films.

 

Séance présentée par Rinaldo Censi (historien et chercheur) sur une proposition de Jean-Claude Lebensztejn

 

Luciano Emmer, Picasso, 1954, 16mm, coul./nb., son, 43min.

John Parker, Dementia, 1955, 35mm, nb., son, 58min

 

 

Comité scientifique :

 

Enrico Camporesi, post-doctorant, Labex CAP

Giovanni Careri, directeur d’études à l’Ehess, CRAL / CEHTA

Carmelo Marabello, professore associato, IUAV, Venise
Angela Mengoni, ricercatore, IUAV, Venise
Philippe-Alain Michaud, conservateur, responsable Service des collections des films, Centre Pompidou

Jonathan Pouthier, attaché de conservation, Service des collections des films, Centre Pompidou

Francesco Zucconi, post-doctorant, boursier Marie-Curie

Cette manifestation a été conçue dans le cadre du Microprojet « Film, art, musée. Entre remédiation et rélocalisation ».