Événements

Le tatouage au prisme des sciences sociales et de l’histoire de l’art

Journées d’études

26 et 27 septembre 2013
Lieu : INHA, Salle Vasari, 2, rue Vivienne, 75002 Paris

Ces journées d’études ont pour objectif premier de dresser un état des lieux des recherches francophones actuelles sur le tatouage et de questionner les cadres d’analyses produits au cours depuis la fin du XIXe siècle. Partant du postulat que les approches sociologiques focalisées sur le tatouage comme marqueur social jouant un rôle dans la constitution de sujets et la formation de cultures souterraines, de « tribus urbaines » ne suffisent pas à rendre compte des évolutions contemporaines de cette pratique, nous aborderons également le tatouage comme pratique graphique et comme art plastique ayant ses pères fondateurs, ses maîtres, ses « écoles », ses révolutions techniques, etc.

Ces journées seront l’occasion de rendre compte des processus techniques, historiques et sociaux qui ont conduit simultanément au développement commercial et artistique de cette activité et de débattre du changement de régime de valeur de certaines images tatouées, du statut changeant des praticiens et des rapports entre le monde de l’art et celui du tatouage.

 

Programme

26 septembre

9h30. Daniel Fabre et Sébastien Galliot : Introduction

10h 15. Elise Müller, docteur en sociologie et auteur de Une anthropologie du tatouage contemporain, Parcours de porteurs d’encres (L’Harmattan, 2012) : Le tatouage contemporain : histoire d’un engouement.
L’intérêt des Français pour le tatouage n’est pas récent. Mais l’ampleur du succès que la pratique rencontre actuellement fait l’objet de nombre de questionnements. Cette intervention propose d’examiner le regard des Français sur la pratique au fil de l’histoire, puis de se pencher plus précisément sur les motivations qui poussent aujourd’hui tant de nos pairs à succomber à la marque.

11h. Luc Renaut, historien, maître de conférence à l’Université de Grenoble, CRHIPA : Pour une histoire comparée du tatouage
En histoire comme en anthropologie, l’approche comparée n’a pas toujours bonne presse. La faute sans doute à des concepts généraux trop hâtivement dégagés et parfois simplificateurs. L’exercice n’est pourtant pas vain. Il permet de repérer certaines régularités et de proposer des hypothèses explicatives. On s’attachera ici à rendre compte des rapports entre cadres socio-politiques et investissement esthétique du corps dans le monde antique, la Polynésie des premiers contacts et la Nouvelle-France.

14h. Thomas Golsenne, historien de l’art, HiCSA : De l’infamie à l’élection. Le tatouage dans l’art contemporain
Associé au XIXe siècle à la criminalité et à la sauvagerie, le tatouage fut, pour Adolf Loos, le grand architecte viennois, le symbole de ce qu’un art vraiment moderne devait absolument refuser : l’ornement. Devenu aujourd’hui une pratique de masse chez les jeunes générations, le tatouage s’est banalisé dans la société. Ce renversement total de point de vue explique-t-il pourquoi des artistes contemporains s’emparent du tatouage pour faire œuvre ? On prendra particulièrement pour exemple le travail de Wim Delvoye, qui fait de peaux tatouées de cochons et d’humains des œuvres d’art, et qui déclara un jour : « Si l’ornement est un crime, alors je suis un criminel ».

14h 45. Michèle Coquet, anthropologue, IIAC-LAHIC : Changer le monde en images : les scarifications corporelles africaines
Dans certaines sociétés rurales d’Afrique subsaharienne, les motifs scarifiés inscrivaient dans la peau des corps la marque de lieux reliés par des chemins en lesquels chaque lignage fondait son origine : collines, bois sacrés, marigots… pour le torse, maison ou arbre de fondation, forge, outils,… pour le visage. Le réseau des chemins formait la cartographie d’un espace cultuel, espace et temps étant enclos dans les frontières d’un corps.  L’image scarifiée avait pour assise ce préalable nécessaire d’une correspondance intime entre le corps et le monde, à la fois le monde phénoménal tel qu’il est perçu et agi, et l’autre monde, l’ailleurs des morts et des non humains, une proximité confortée par les habitudes et les pratiques quotidiennes.

15h30. Projection du documentaire La Voie de l’encre (52 min).
En compagnie du réalisateur Pascal Bagot

 

27 septembre

10h. Introduction

10h30. Florence Lamy, doctorante, Centre de Recherche et de Documentation sur l’Océanie : Patu tiki et moko : problématique et méthode d’analyse de la pratique du tatouage aux îles Marquises/Fenua’enata et en Nouvelle-Zélande/Aotearoa
La pratique du tatouage aux îles Marquises/Fenua’enata et en Nouvelle-Zélande/Aotearoa était traditionnellement une institution sociale importante. Je focaliserai ma problématique sur l’évolution de la signification de cette pratique des premiers contacts à nos jours. Aussi, j’aborderai l’aspect matériel et immatériel du patu tiki et du moko.

11h45.  Simon Jean-Pigné, doctorant, Université de Waikato-EHESS : La valorisation d’un patrimoine matériel et immatériel en Nouvelle Zélande, le ta moko
Le ta moko ou l’art du tatouage traditionnel Maori a su s’inscrire dans l’ère contemporaine comme un symbole de la culture autochtone de Nouvelle Zélande. A travers cette pratique artistique, les tatoueurs et tatoués respectent un protocole et des valeurs fondamentales liés à son identité culturelle d’origine. Bien qu’il soit inspiré d’un savoir-faire transgénérationnel, le ta moko n’est pas figé, il est en constante évolution dans le but de garder une place particulière dans la pensée collective néo-zélandaise et internationale. Nous tenterons de découvrir ces valeurs retranscrites dans cette pratique artistique et les moyens mis en place dans la société moderne afin de protéger cet art des incompréhensions entraînées par sa popularisation à l’échelle mondiale.

14h 00. Anne & JulienHey ! modern art et pop culture : L’entrée du tatouage dans les musées

14h45. Valérie Rolle, socioloque, Université Libre de Lausanne et auteure de l’ouvrage : Présentation de l’ouvrage L’art de tatouer (Paris, MSH).

 

Journées soutenues par le Labex CAP, et l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (IIAC) et l’Ambassade de France à Wellington.