Événements

Collectifs dans les arts vivants depuis les années 1980

Journée d’études

30 janvier 2013
Lieu : École des Hautes Études en Sciences Sociales, Salle 7, 105 Bd Raspail, 75006 Paris

Organisée par Raphaëlle Doyon (LABEX CAP/CRAL-HiCSA) et Guy Freixe (Centre de recherche en arts de l’Université de Picardie Jules Verne)

Cette première journée d’études sur « Les collectifs dans les arts vivants depuis 1980 » vise à créer une réflexion interdisciplinaire pour saisir les liens entre les contextes socio- économiques de la création artistique, les formes d’organisation collective, et les processus de création.
Une publication, Créer, ensemble. Points de vue sur les communautés artistiques, dirigée par Marie-Christine Autant-Mathieu, paraîtra en février 2013. Les études qui avaient été publiées jusqu’à présent sur les groupes, les ateliers ou les studios de théâtre au XXe siècle avaient principalement porté sur les artistes fondateurs au détriment du groupe. Dans le prolongement de ce premier résultat, nous souhaitons recueillir des témoignages directs et interroger les processus des communautés et collectifs artistiques contemporains et/ou créés à partir des années 1980.
Dans les années 1980, la création artistique bénéficie, du moins en France sous l’ère Jack Lang mais aussi dans d’autres pays européens, de politiques culturelles publiques démocratisées et décentralisées. De nombreuses structures de pratique et de diffusion des arts voient le jour. Pourtant, se met aussi en place « une culture de régime » (Biet & Olivier, 2007) et un retour à des dispositifs artistiques (scéniques, dramaturgiques et musicaux) plus conventionnels. Par ailleurs, alors que les années 1960 et 1970 avaient vu fleurir les groupes et communautés artistiques de tout ordre, les années 1980 se distinguent par la place qu’occupent les signatures individuelles dans la création (Heinich, 2005). Il s’agit de faire état de ce tournant qui semble marquer la fin des utopies, et d’observer les façons dont les pratiques « communautaires » et « collectives » ont évolué et rebondi au cours des trente dernières années.
Cette première journée d’études sera suivie par une seconde manifestation qui se tiendra le 15 mai 2013 à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord. Un comité scientifique interdisciplinaire (musique, danse, théâtre) sélectionnera les communications qui auront répondu à l’appel publié fin janvier 2013.

Programme

10h. Ouverture de la journée : Raphaëlle Doyon et Guy Freixe
10h30. Marie-Christine Autant-Mathieu (CNRS-ARIAS) : Œuvres communes

BALISES THÉORIQUES
Modération : Esteban Buch (CRAL)
10h30.  Philippe Henry (Économie du théâtre, Paris 8) : Éléments de problématisation à propos des collectifs artistiques contemporains
11h10. Serge Proust (Sociologie politique, Paris 8) : Communauté exemplaire et collectifs instables de travail
12h00. Denis Guenoun (Philosophie-théâtre, Paris-Sorbonne) : 1980 ?
12h40. discussion

ÉTUDES DE CAS ET TÉMOIGNAGES
Modération : Jean-François Dusigne (Paris 8)
14h30. Sarah Benhaim (Musique et sciences sociales, CRAL) : Valeurs, création et organisation dans l’underground musical : le cas de la scène noise à Paris
15h10. Krystel Khoury (Anthropologie de la danse, Université Blaise-Pascal, Clermont- Ferrand). Le collectif dans le processus de création du chorégraphe belgo marocain Sidi Larbi Cherkaoui : retour sur Myth (2007)
16H10. Louise Roux (Études théâtrales, Paris 8) : Émergence des collectifs sur la scène contemporaine et processus de création
16h50. Entretien mené par Guy Freixe avec Maïa Sandoz, membre du collectif DRAO.
17h20. Discussion

Philippe HENRY (MCF-HDR, anciennement à l’Université Paris 8) : Éléments de problématisation à propos des collectifs artistiques contemporains
À partir de l’étude « Territoires et ressources des compagnies en France », coordonnée par Daniel Urrutiaguer et Philippe Henry et publiée sur le site du DEPS en début 2012, il s’agira de proposer quelques premiers repères quantitatifs et qualitatifs concernant la réalité socioéconomique actuelle des collectifs dans le spectacle vivant non musical.
Sera également évoquée la nécessité d’approfondir plusieurs questions relevant de l’économie spécifique des mondes de l’art, et en particulier la tension structurelle entre une concurrence par les qualités qui s’accroît toujours plus et les limites des moyens de coopération aujourd’hui mobilisables par les compagnies.

Serge PROUST (MCF, Université Jean Monnet, Saint-Étienne) : Communauté exemplaire et collectifs instables de travail
Dans l’analyse des formes collectives de travail, l’intervention sera consacrée à distinguer analytiquement la communauté exemplaire (comme forme idéale-typique de rupture avec le monde marchand et rationalisé) des collectifs de travail qui reposent sur le partage des mêmes dispositions esthétiques, éthiques et politiques. On terminera par l’analyse des facteurs qui rendent ces collectifs structurellement instables au bénéfice des metteurs en scène.

Denis GUENOUN (Professeur, Université Paris-Sorbonne) : 1980 ?
La périodisation envisagée par cette rencontre et la précédente prend l’année 1980 comme ligne de changement et de partage. Pourquoi ? Il se trouve que l’expérience communautaire ici évoquée (la troupe de théâtre L’Attroupement) a effectivement connu une transformation décisive cette année-là. On voudrait, à l’aide de quelques souvenirs et réflexions, tenter de comprendre (après et avec d’autres) ce qui s’est modifié alors.

Sarah BENHAIM (Doctorante, CRAL) : Valeurs, création et organisation dans l’underground musical : le cas de la scène noise à Paris
Depuis ses prémices dans les années 80, la musiquenoisese caractérise par sa manifestation underground, en marge des institutions et du marché de la musique. A partir d’une étude de cas de la scène noise parisienne, il s’agira d’abord de s’interroger sur la notion de « subculture » et sur le type de groupement communautaire fédéré autour de ce genre musical, avant d’analyser plus précisément ce qui constitue son socle idéologique et ses valeurs, mais aussi ses pratiques collectives musicales et organisationnelles, l’ensemble étant étroitement lié au précepte DIY (Do it Yourself).

Krystel KHOURY (Doctorante, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) : Le collectif dans le processus de création du chorégraphe belgo marocain Sidi Larbi Cherkaoui : Retour sur Myth (2007)
Ancien membre du collectif belge de danse contemporaine Les Ballet C.de La B., qui prône une forme d’organisation artistique et économique originale, Cherkaoui continue de mettre en œuvre certains principes de fonctionnement transmis par ce groupe, notamment celui de la “pollinisation croisée”. En nous appuyant sur un travail de terrain effectué auprès du chorégraphe en 2007 lors du processus de création de la pièce Myth, nous reviendrons sur sa démarche, en particulier sur les dynamiques relationnelles entre l’individuel et le groupe.

Louise ROUX (Doctorante, Université Paris 8) : Émergence des collectifs sur la scène contemporaine et processus de création
Prenant pour objet d’étude deux « collectifs » de théâtre constitués dans les années 2000, le d’ores et déjà et le Collectif F71, nous interrogerons l’influence du fonctionnement groupal sur les processus de création. Groupe d’hommes d’un côté, groupe de femmes de l’autre, chacun adopte une démarche qui lui est propre, dans la création comme dans les rapports au monde. Cependant, dans les deux cas, il s’agit de prendre l’organisation collective comme un outil possible de détournement des rapports hiérarchiques, outil dont nous questionnerons les implications, réelles et imaginaires.

Nous remercions le CRAL, le LABEX Création, Arts, et Patrimoines, l’EHESS, la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, et le Centre de Recherche en Arts de l’Université de Picardie Jules Verne, de leur soutien financier et logistique.